vendredi 16 mars 2007

La famille Dourille

Bruno Dourille né en 1235, Haut Classeur de la Guilde des Copistes Lumineux, s’est marié avec Isabelle Plissandre. Ils ont eu cinq fils dont Benoît et Bernard.

Benoît Dourille né en 1260, s’est marié avec Hélène Vilbine. Ils ont eu un quatre fils dont Manassier en mars 1288.

Bernard Dourille né en 1262, s’est marié avec Héloïse Vilbine, sœur d’Hélène. Ils ont eu deux fils et trois filles, dont Éléonore en mai 1288.

Manassier Dourille et Éléonore Dourille ne se sont pas mariés mais ont eu en 1307 une belle enfant malformée prénommée Anaïs. Elle avait une toute petite queue de cinq centimètres comme celle d’un singe. Ses parents l’aimèrent malgré les diatribes des habitants de Lectoris lors de la découverte de ce phénomène. Certains refusèrent que Manassier et Éléonore restent membres de la guilde. Le 28 octobre 1311 après bien des débats et des controverses le Haut Maître Flucandre qui les avait défendus décida, craignant une division profonde au sein de la communauté, de ne pas exclure Manassier et Éléonore mais de chasser Anaïs de Lectoris. À son grand regret ce fut la seule solution qu’il trouva. Manassier et Éléonore emmenèrent Anaïs en des contrées éloignées et cachèrent l’appendice objet de leur malheur à eux trois. En tant que parents ils auraient bien coupé cette queue inutile mais ils avaient peur d’une hémorragie mortelle.

En novembre 1311, suite à ce départ, le Haut Maître Flucandre démissionna et ce furent les frères Dourille (Benoît et Bernard) qui le remplacèrent au sein d’une collégialité efficace. Ils lancèrent aussitôt des recherches secrètes pour retrouver leurs enfants rejetés. Au bout de cinq années ils abandonnèrent ces recherches et se concentrèrent à nouveau sur le développement de Lectoris et de la Guilde.

Pendant ce temps Anaïs Dourille grandissait dans le petit village de Rothenburg (maintenant ville de Rothenburg ob der Tauber) en Bavière.


auteur : Desman

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jeudi 15 mars 2007

Au coin du clavier

Journal de bord d'un capitaine sans armée,
d'un écrivain à la page blanche
d'un peintre aveuglé par le soleil
d'un ministre sans portefeuille

Là je ne sais pas où je vais
L'important c'est d'y aller
Quitte à emprunter des chemins de traverse
Il suffit d'être près de l'impossible
À l'écoute des situations infaillibles
Des fleurs coupées à la tronçonneuse
Des talus arrosés de pierres précieuses
Des dormeurs du val
Des militants délimitants des millimètres de terres aurifières
Des poètes-grutiers se balançant au dessus des mots
Des phacochères dépourvus de partitions musicales
Et des meurtrissures portatives.

Il suffit de chanter sa joie
D'être encore là
Assis
Bien
Mieux
Épanoui

Il suffit de rire au nez des larmes
De parler aux toits enveloppés d'un nuage
De faire tourner la tête des jeunes pages
De jaillir comme une source
De partir au loin
Vers d'autres endroits
Ni piétinés ni défrichés
Voir l'avenir se passer du présent
Descendre au fond du val
Et s'endormir au soleil
Osciller d'un oeil
Et souffler un silence affectueux

Rêver d'une troupe de théâtre multilingue
Atteinte de jovialité et de ténacité
Du plaisir d'innover et de se montrer

Le clavier a des coins
Où se rencontrent les esprits frappeurs
Les scribes et les écureuils
Les passereaux et les tournefeuilles


auteur : Desman

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Anthelme Courbedanse

Né à Paris en 1413, ce jeune étudiant peu studieux, fit partie moins d’une année de la Guilde des Copistes Lumineux. Après s’être essayé aux miracles et aux mystères, il rejoignit la confrérie des « Scolastiques Irrévérents » où se réunissaient des étudiants des quatre grandes nations de l’université de Paris que sont la Normandie, la France, la Picardie et l’Angleterre. Il excellait dans ses rôles de fous des soties puis se passionna pour la farce, plus construite et frappant le cuistre avec plus de discernement et de précision. Ses talents d’acteur attirèrent d’autres étudiants qui pensaient plus à s’amuser qu’à poursuivre leurs efforts liés aux études.

Incapable de se contenter des histoires mille fois jouées, Courbedanse inventait des histoires tirées de ses expériences passées. C’est ainsi que sa confrérie joua la farce « Le Copiste Éclairé » qui tailla une renommée définitive à la déclinante Guilde des Copistes Lumineux. Il y joua son propre rôle à la fois naïf et désinvolte, mettant à mal les contradictions flagrantes et les prétentions passéistes de cette guilde. Ce succès lui valut une protection de l’Église qu’il accepta plusieurs années. Un jour Courbedanse rencontra Saclampian, le Haut Maître de cette guilde, qui lui donna une leçon magistrale sur sa couardise et sur les méfaits qu’il avait occasionnés. Il créa une nouvelle farce plus cinglante centrée sur cet épisode, tout en commençant à assimiler que ce qui avait le plus de succès auprès du public était la distinction entre la foi et la religion. Ses farces suivantes continrent toutes un homme d’église, qu’il fût moine ou évêque. Courbedanse se rangeait toujours au plus près des idées papales afin de sauvegarder ce pouvoir de critique acerbe.

Ce n’est qu’à la fin de sa vie, en 1489 que Courbedanse s’offrit le luxe de se moquer directement du pape et de sa fonction privilégiée, trahissant ses propres convictions. Il devint aussi célèbre que ses farces, et le pape Innocent VIII plutôt que d’en faire un martyr, préféra le laisser mourir de vieillesse. Pour le bonheur du nouveau pape Alexandre VI, c'est ce qui advint en 1498 quand Courbedanse mourut d'une crise cardiaque pendant qu’il répétait une nouvelle farce, directement inspirée par le Nouveau Monde qui lui offrait une source d’inspiration qu’il disait inépuisable. Il aurait voulu vivre cent ans de plus pour laisser à de plus énergiques que lui les rôles principaux qu’il s’attribuait et pouvoir créer, sans pause, farce après farce.


auteur : Desman

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Qui était Obbyz ?

Vratislav Milos Obbyzevkov, dit Obbyz, était né vers 1145 ou 1150 en Bohême dans la petite ville de Strakonice, qui commençait alors, au début du 12e siècle, à prendre de l’importance. Ses parents étaient des paysans, Josef Obbyzevkov et son épouse Libuse. On sait très peu de choses de ses jeunes années. Il est probable qu’il étudia au séminaire pour devenir moine, et y apprit l’art de l’écriture. Mais il quitta son pays natal avant son vingtième anniversaire et parcourut à pied une grande partie de l’Europe, ne laissant guère la poussière s’accumuler sur ses bottes. Il arriva à Laon vers 1170 et y vécut de petits travaux de copie en latin, langue qu’il maitrisait fort bien. C’était un homme sec, brun, grand et maigre, et quelque peu misanthrope. Il vivait assez isolé et ne lia d’amitié qu’avec quelques autres copistes et notamment Jilleil, l’Irlandais, établi dans la région quelques mois après lui. Ensemble, ils élaborèrent le concept de la Guilde des Copistes Lumineux, à partir d’une organisation similaire qu’Obbyz avait vu fonctionner en Lombardie. Obbyz s’habillait toujours de noir ; il avait dans la région une réputation de grande érudition et en même temps il était soupçonné de sorcellerie. On ne lui connaissait aucune fréquentation féminine et cela aussi le rendait suspect aux yeux des Picards.


auteur: Fuligineuse


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Le petit ami crustacé colérique

Le petit ami crustacé est colérique
Il a mis les couleurs en rixe.
Il a mis les mots en pot-au-feu.

Il a tout emmêlé, sa mauvaise humeur et son plaisir d'écrire.
Il a tout massacré, ses amis virtuels étouffés par de vieilles dentelles.
Il a tout cassé, ses couloirs, ses fumoirs, ses casseroles... c'est pas drôle.

C'est un crabe aux faux cils.
C'est un crabe qui est marteau.
Il a tout faux... il est bête...

C'est pas faux !


auteurs : Fuligineuse, Desman


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Busportrait du petit ami crustacé

Il fumait des pamplemousses gris
S’humectait de vers jolis
S’hydratait de seau de pluie
Et ronflait comme un hamster, terre à terre.

Il portait des pullovers bleus
Il avait souvent les bleus
Et n'aimait pas rire jaune.

Le petit ami crustacé dansait comme un pop-corn
Parlait avec une orange mécanique dans la douche
Ne sortait du bain que pour prendre une bouche
Qu'il maltraitait et marquait au fer rouge.

S'il partait un jour se mettre au vert
Il en profiterait pour écrire des vers
Et pour écluser quelques petits verres
De vin rosé comme tes joues.


auteurs : Fuligineuse, Desman


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mercredi 14 mars 2007

Le petit ami crustacé si…

Le petit ami crustacé
S’il en avait eu
Il aurait caché ses orteils
Qui alors pueraient la marée

Le petit ami crustacé
S’il en avait eu
Il aurait caché ses ongles
De peur de les couper pendant son sommeil.

Le petit ami crustacé
S’il en avait eu
Il aurait caché ses soucis
Sous un tas de sable gluant.

Il aurait caché ses mystères
Sous ses petits frères.
Il aurait caché sa foi
Sous son désarroi.

Il aurait caché la misère
Sous un tas de croix.
Il aurait brûlé le tout
Sous un air doux

Mais il n’a rien de tout cela
Il est juste en haut du panier… là !


auteur: Desman


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Les placards du nouveau nouvel âge

Aujourd’hui le grand bobo
N’a plus le temps de prendre le métro,
Plus le temps d’écouter la radio,
Plus le temps de faire le beau,
Aujourd’hui c’est perfecto crado
Et collage d’affiches autobiodégradables écolos.


auteur : Desman


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mardi 13 mars 2007

Sommeil gonflé à l'hélium

Le soleil a été parachuté au centre de la forêt comme un disque de bronze épanoui. Les musaraignes en sont restées pantoises. Il s'est étiré langoureusement et a déplié ses bras articulés qui atteignaient jusqu'à la lisière de la plaine. En pleine éclosion de bourgeons prématurés, celle-ci a explosé en cris hachurés jusqu'à ce que le tambour de ville annonce la nouvelle. Une troupe de dresseurs de maïs et de planteurs de tigres s'est aussitôt dirigée en procession vers le bois qui rayonnait en immersion totale dans l'épiphanie de son rouleau de printemps. Avec eux venaient des musiciens sautillants qui tiraient de leurs instruments imperméables des sons acidulés pour réveiller les marmottes et les homards thermidor.

Le plaisir continue sous un cercle de lumière rayonnant de mille feux attendri par un avion volé la nuit par d’inter-minables soldes. De toutes manières il venait d’être écrasé par une chute de prières enchantées poussées par un pilote hargneux à l’égard de lest. Ce dernier a démissionné lorsqu’il vit, éclairé par un clignoteur défectueux, son anamnèse personnelle sponsorisée par de grandes marques de médicamenteurs comme des arracheurs dedans une remise de nuit. Il préféra conduire un vague aéroglisseur qui lui permettait d’alpaguer une pêcheuse mal fichue et un avocat à la double nationalité sans fraise et petit-suisse naturalisé par un taxi d’Hermiste au demeurant seul capable d’illuminer les intermédiaires publicitaires.

Ce foyer qui rayonne de tous ses tentacules participatifs ne pourrait pas exister sans les écureuils qui, tournant sans arrêt dans leur cage de Faraday, lui fournissent son énergie. Les écureuils sont eux-mêmes alimentés par les gardiens du temple qui passent chaque matin avec leurs grands sacs Hoche pleins de noisettes en chantant des ballades irlandaises. Les gardiens vont ensuite déjeuner tous ensemble chez Dubuisson. L'après-midi ils s'occupent des tigres qui sont beaucoup plus exigeants que les écureuils. Les tigres aiment particulièrement les sorbets et la sorbetière tourne à temps complet pour eux à la buvette de l'Assemblée Nationale. Ostensiblement, insensiblement, irrémédiablement, le fleuve entraîne notre lenteur langoureuse vers les rapides qui se retournent dans leur sommeil hivernal.

Les eaux s’agitent parce qu’il était une fois un conteur qui était arrivé une fois, et ce sera l’unique fois, au pays des contes de fées. Il y perdit sa patience, ses mots-valises, ses fuseaux horaires, son omniabsence, son archemin. Il y retrouva la vie, une vieille connaissance. Ils se sont rencontrés lors d’une soirée matinale. Du haut du talon, il aperçut un écueil volant qui dansait comme un ventre. Un cou de pied (je veux dire une cheville) gonfla comme un univers en expansion touchée par sa veuve. Il sautilla, il sautilla, mais pas moyen d’éloigner son enflure. Il s’assit dessus et mangea un piège à boulanger. C’est ainsi qu’il guérit et propagea la bonne nouvelle selon laquelle il en était fini de la mort. Il ne comprit pas que la mort pour rester en vie ne devait pas tuer tout le monde en même temps. Depuis ce jour, pour parler, ce conteur dut apprendre une langue agonisante.

Du coup, le conteur a été remis à zéro. Parfois il s'efforce en vain de remonter les pendules et de descendre les flammes, mais très vite il préfère laisser tomber. Il rôde dans des musées désaffectés, dans des églises transformées en boites de jour, dans des magasins de mitrailleuses. Il mange des tartines de colportage. Ses cheveux ont tellement poussé qu'ils font trois fois le tour de la maison. Il est régulièrement invité dans des poires-conférences pour y dire des contes de vits et de maures. Sa renommée dépasse les frontières de la fiction et s'étend jusque dans les espaces virtuels où les fractales se composent et se décomposent en de gracieux balais aquatiques.


auteurs : Fuligineuse, Desman


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Camille de Carnabie

(1938- )

Cette poétesse est davantage connue pour ses deux essais féministes que pour ses poèmes. Sa virulence se déchaîne aussi bien contre les hommes dominateurs que contre les femmes soumises. Son premier essai, publié en 1967, intitulé Refellation autoanalyse la découverte de son homosexualité. À cette date elle avait su user d’ironie et le ton était très enjoué malgré la description crue de sa jeunesse marquée par une situation difficile à assumer. « Le 18 mars 1966 j’ai eu la révélation de mon homosexualité comme d’autres ont eu la révélation de leur foi religieuse, alors qu’elle était en moi avant même ma naissance et que je n’arrivais pas à admettre à cause du moule culturel imposé par la société pour se maintenir. »

Elle divorça dès que possible sans révéler à son mari son homosexualité pour deux raisons. La première était d’obtenir la garde de ses trois filles qu’elle adorait. La deuxième raison était de ne pas tuer son mari psychologiquement en lui ‘’avouant’’ qu’en plus d’être trompé pour une histoire sans lendemain, il l’avait été à cause d’une femme. Mais le bonhomme était plus solide que prévu. Il se remit de son trouble puis il se mit à harceler Camille de Carnabie non pour qu’elle revienne dans ses bras mais pour lui faire payer cette rupture. Ainsi il faisait exprès chaque jour de la croiser en compagnie d’une nouvelle femme. C’est pour le punir qu’elle écrivit son essai en parlant d’elle à la première personne. Elle révéla les moindres défauts de son mari ainsi que les expériences sexuelles qu’elle s’était forcée à accepter dans la naïveté de son inexpérience. Après avoir eu de nombreuses conquêtes masculines, elle se rendit compte qu’elle ne se sentait bien que dans les bras d’une femme.

Son deuxième essai, La femme phallique, est plus récent. Il a paru en 1983. Cette fois elle témoigne à la place des prostituées proprement dites et pour les prostituées inavouées que sont les femmes qui de nos jours sont encore obligées de se soumettre à leur mari alors qu’elles travaillent, gagnent moins d’argent à qualification égale, s’occupe encore majoritairement des enfants et des tâches ménagères, malgré de faibles progrès. « L’homme a attendu l’invention de la machine à laver pour commencer à s’occuper de laver le linge. L’homme attendra-t-il le robot amoureux pour assouvir sa femme ? » Après cet essai aigri, elle sombra dans une décadence et une dépression l’empêchant de poursuivre sa passion qui était depuis sa jeunesse d’écrire de nouveaux poèmes. Elle renia même ses plus beaux vers et surtout celui-ci qu’elle fustigea dans La femme phallique : « Tu seras toute ma vie et ma dernière seconde. » et qu’elle mit en tête de ses anciens poèmes reniés publiés en 1985 sous le titre Paroles mortelles.

Elle vit de nos jours avec Claude Barbotin (sœur d'Élvira Leokadich, elle fut la belle-sœur de l’écrivain Pierre-Antoine Leokadich ) qui joua un rôle non négligeable dans l’éducation des trois filles de Camille de Carnabie.


auteur : Desman


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Elvira Leokadich

(1940-)

Née Pauline Barbotin, cette femme qui n'est que la fille de Félicien Barbotin et d’Évelyne Pouillot, se serait voulue d'origine portugaise et descendante d'un homme illustre. Aussi se fit–elle appeler Elvira dès ses 8 ans.

Elle épousa Pierre-Antoine Leokadich en 1961 le jour de ses 21 ans. Dès cette date elle devient la secrétaire personnelle de son mari et son agent littéraire. Lors d’un entretien radiophonique consacré à son mari et diffusé dans "Une vie, une œuvre" sur France-Culture en janvier 1997 pour commémorer les vingt ans de sa mort, elle a précisé qu’elle préparait un dictionnaire exclusivement réservé à ses différents pseudonymes, nouvelles, personnages et autres noms propres utilisés ou inventés, styles, expressions, néologismes…

Elvira Leokadich vient de publier en février 2007 le journal intime de son propre père : Les cahiers de l'horloge assoiffée, aux Éditions du Pic Épeiche, où l’on découvre le regard jubilatoire d'un homme étonnant sur sa propre vie d’une banalité déconcertante.


Auteur : Desman


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Histoire de Claude Barbotin, photographe

Née en 1943, la fille cadette de Félicien Barbotin fut dès son plus jeune âge un garçon manqué. Alors que sa sœur aînée Pauline se rebaptisait Elvira et s’inventait un destin romanesque (qu’elle devait réaliser en épousant un intellectuel connu, Pierre-Antoine Leokadich), Claude ne rêvait que plaies et bosses. Elle réagissait vivement à la ségrégation entre garçons et filles qui régnait à cette époque dans les écoles et aurait voulu être inscrite dans une classe de garçons.

Au début des années 60, après avoir bourlingué quelque temps en Europe, puis au Canada et aux Etats-Unis, en pleine période beatnik, Claude Barbotin rencontra le photographe vénézuélien José Maria Henriquez Celanardo et ce fut une révélation. Elle apprit de lui les rudiments de la technique photographique et commença à s’exercer sur la sculpture et l’architecture à Caracas. Revenue en France peu avant ses trente ans, elle fit de la photographie son gagne-pain et s’imposa comme photographe du patrimoine dans des missions officielles. Elle travaille toujours en noir et blanc et avec une grande précision, préparant ses expéditions photographiques avec une grande minutie.

Les deux sœurs sont plus ou moins brouillées, Claude n’ayant pas caché à son entourage que le personnage joué par Elvira de « veuve de grand homme » lui semblait exaspérant. Elle-même vit avec une autre femme, une poétesse dépressive et décadente, Camille de Carnabie.


auteur: Fuligineuse


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lundi 12 mars 2007

Paulinius Zénoble Péliguon (version 1.3)

(février 1448 – 11 février 1501)

Sa vie

Né à Gravelines près de Calais, cet humaniste athée fut le dernier membre important de la guilde des Copistes Lumineux. Il était issu d’une famille de pêcheurs. Malgré son absence de foi, son père lui ordonna d’utiliser au mieux sa curiosité d’esprit et sa grande mémoire. À contrecoeur, préférant rester auprès de sa mère, il devint moine à l’abbaye de Saint-Riquier. Il y fit connaissance d’Astermille qui lui apprit l’existence de la guilde des Copiste Lumineux. Sous l’influence de ce Haut Maître il devint bientôt un de ses plus actifs adeptes en recopiant chaque nuit des œuvres d’auteurs qui lui étaient inconnus. Il quitta ce lieu en 1473, date de la construction d’un palais abbatial qui symbolisait à ses yeux l’opulence infertile des abbés et des moines plus centrés sur leur confort que sur l’érudition. Il alla rendre visite à sa mère qu’il n’avait pas vue depuis des années. Elle avait tant vieilli qu’il ne la reconnut pas au premier coup d’œil. Le connaissant par cœur, elle lui fit promettre de conserver son petit air moqueur et sa soif de savoir. Elle lui donna une bourse bien remplie afin qu’il aille étudier à l’université de Paris. Il préféra Oxford, où il arriva en 1474.

Péliguon a entamé une œuvre à jamais inachevée qui se voulait la description la plus fidèle possible de Lectoris, une ville d’environ dix mille habitants dont il a commencé à détailler l’histoire familiale de ses principaux représentants et figures marquantes. Il ressort de ses écrits que cette ville qui aurait voulu être la capitale du royaume de France et, par son érudition, briller et rendre la vie plus facile au-delà de ses murs. Officiellement une épidémie locale d'ergotisme décima sa population en 1233, ne laissant personne de vivant en les murs de la ville. Paulinius Zénoble Péliguon était un des rares à accorder crédit à cette thèse qu’il étaya jusqu’à sa mort, alors que la plupart des savants de l’époque, sous l’influence de Guillaume Budé, affirmèrent qu’il s’agissait d’un empoisonnement de grande envergure. Cette théorie du complot horripilait Péliguon qui allait à contre-courant en contredisant Budé et même Érasme sur la symbolique des œuvres de Pinclor.

Péliguon considérait Pinclor comme un auteur majeur de l’Antiquité. Il dénichait le moindre écrit portant le nom de ce polygraphe grec. Ainsi tout ce que nous savons aujourd’hui de Pinclor, nous le devons aux ouvrages que Péliguon a publiés de son vivant. Ce dernier mourut bien avant ses contradicteurs leur laissant la possibilité d’imposer leurs suppositions à l’ensemble des érudits de l’époque et jusqu’à nos jours. En 1503 sa seule et unique fille, Zénobie, mourut et perdit une grande partie des écrits de son père, notamment les ouvrages que celui-ci avait collationnés, alors qu’elle traversait la Manche dans le but d’éduquer Henri VIII, héritier du trône d’Angleterre.

À partir des quelques textes de Péliguon qui nous sont parvenus, le comte d'origine polonaise Wojciech Leokadich, qui avait racheté en 1889 l'essentiel des bâtiments restants sur le site abandonné de Lectoris, établit des plans détaillés pour reconstruire la ville et lui redonner sa splendeur passée. Il s'est appuyé notamment sur le mémoire intitulé Description fidèle et complète de la grande et noble cité de Lectoris en Thiérache pour servir à l'éducation des peuples à venir, que Péliguon écrivit vers 1498. A son tour le fils de Wojciech Leokadich, Pierre-Antoine (1907-1977), étudia l'oeuvre de Péliguon mais sur un plan littéraire et politique, voulant faire ressortir le caractère progressiste de ce texte et voir en Péliguon un précurseur des utopistes sociaux du 19e siècle.

Péliguon, comme ses prédécesseurs au sein de la guilde des Copiste Lumineux, voyait en Lectoris la ville d’où aurait dû et pu jaillir un bien-être futur. Cette concentration d’érudits résidant sur place ou de passage favorisait un brassage des cultures et permettait de se pencher sur des questions de tout ordre, même religieux. Péliguon fut consterné d’apprendre que la mort des habitants de Lectoris, au lieu de donner un second souffle à cet idéal, ne fit que renforcer la superstition qu’il savait avoir été renforcée par l’Église. Il ne se doutait pas que sa propre mort aboutirait au paroxysme de ce phénomène.

L’originalité de Péliguon fut de tenter de comprendre, clarifier, mettre en pratique et d’extrapoler les enseignements tirés des œuvres de Pinclor. C’est pour cette raison qu’il arriva à Lectoris le 11 février 1501. Lorsqu’il vit cette cité abandonnée où vécurent de nombreux savants dont les membres de sa guilde, il fondit en larmes. « Le Grand Œuvre est là ! » aurait-il dit, nous a rapporté son disciple nommé Lavoulette. Ce dernier décrit aussi sa propre peur devant ces ruines envahies par les buissons, les arbres et toutes sortes de cris d’animaux. Pétrifié d’effroi, Lavoulette laissa Péliguon avancer, accompagné de ses deux seuls ânes qui tiraient ses affaires et refusaient de se frotter aux ronces. Alors Péliguon décida de tirer lui-même la carriole. La caisse qu’il déchargea, emplie de ses écrits, l’écrasa de tout son poids. Lavoulette propagea la nouvelle, ce qui mit fin à l’existence de la guilde des Copiste Lumineux.


Son œuvre

À Oxford, Péliguon étudia l’histoire de sa guilde et répertoria ses nombreux apports directs ou indirects aux mondes des lettres, surtout avant l'hécatombe de 1233. Ensuite, sous l’effet des persécutions inquisitoriales, la guilde périclita malgré de grandes figures. Peu de documents hormis ceux mêmes de la guilde y faisaient encore référence. Péliguon projetait de redonner à sa guilde un élan décisif qui ne pourrait plus être balayé par un drame unique. Il misait beaucoup sur l’opportunité de pouvoir correspondre régulièrement avec les différents derniers copistes lumineux. Son intention se voulait en deux temps. D’abord redonner vie à Lectoris afin de bien montrer le retour de la puissance organisatrice de la guilde et amener de nouveaux adeptes. Et en second, développer les échanges entre les différents copistes et ne plus mettre Lectoris au centre. Chaque copiste deviendrait une partie d’un tout, et si l’un d’eux cessait de jouer son rôle pour une raison ou pour une autre, l’édifice y résisterait sans dommage. Le copiste défectueux serait vite remplacé au même endroit ou ailleurs.

Péliguon voulait aussi créer une science des parchemins et de leur classement malgré leur dispersion. Il nommait cette science l’ordopergaminutie. Il voulait que le moindre texte soit répertorié et que chaque membre de la guilde sache où en trouver un exemplaire, s’il était possible et nécessaire d’en faire une copie, à quel prix et en combien de temps. Il clarifia les nombreuses remarques du Haut Maître Valechon cachées sous un flux constant de tournures ennuyeuses et inutiles.

Un autre problème auquel s’attaqua Péliguon, au moins de façon théorique, fut le rapport des parchemins à l’argent. Il théorisa sur l’éventuelle nécessité et l’utilité de rémunérer les copistes afin de mieux les convaincre alors que le nombre d’adeptes de sa guilde diminuait d’années en années. Il interrogea de nombreux copistes afin de connaître leurs motivations. Il conclut qu’il serait judicieux de leur payer les frais liés à l’acquisition de parchemins de qualité car beaucoup de ceux qui passaient entre ses mains n’étaient que des palimpsestes dont certains étaient si usés qu’ils devenaient illisibles. La qualité de l’encre était aussi en jeu. Le transport posait parfois problème mais Péliguon ne pouvait souffrir des délais d’acheminement qui se comptaient parfois en années. Toujours dans un souci de qualité, il se questionnait également sur la rétribution des heures nécessaires aux copistes. Mais avec quel argent ? Les dons et la lecta (sorte de contribution imposée à chaque membre de la guilde des Copiste Lumineux au prorata de l’aisance de chacun, instaurée en 1258 par Jacques Galustre lors de la promulgation de la charte de la Grande Connivence) ne pouvaient suffire. D’autant plus que pour Péliguon comme pour ses prédécesseurs, Lectoris devait demeurer la priorité.

C'est cette inventivité qui lui permit, en succédant à Astermille, d’accéder au grade de Haut Maître en 1476 alors qu’il n’avait encore que 28 ans. Il devint donc le plus jeune Haut Maître de l’histoire de la guilde des Copistes Lumineux. Cela est dû, d’après certains historiens qui n’apprécient ni la personnalité de Péliguon ni son œuvre, au déclin de la guilde, à son nombre très réduit d’adeptes et à l’influence d’Astermille qui le considérait comme son fils. Il est vrai que cette confrérie acquérait des traits de plus en plus monarchiques. Péliguon voulait lutter contre cette forme de dégénérescence mais à sa mort, il n’avait toujours pas résolu le problème de la meilleure gouvernance de la guilde. Il avait étudié les classiques grecs et romains ainsi que quelques rares documents phéniciens qui donnaient des informations sur les qualités des différents régimes politiques. Péliguon aurait voulu faire de la guilde et de Lectoris les exemples à suivre d’organisations utiles au vivre ensemble.

Le plus grand reproche fait à Péliguon de son vivant et jusqu’à nos jours fut son incapacité à prévoir les effets de l’imprimerie alors que lui-même avait publié plusieurs de ses œuvres à l’aide de cette nouvelle technique. Il est vrai que rien ne prouve qu’il fut l’instigateur de ces publications. Son disciple Lavoulette ne nous apprend rien sur ce sujet. D’après les plans dont il est l’auteur, il semblerait que Péliguon n’envisageait pas la création d’une imprimerie au sein de Lectoris. Peut-être que ce n’est pas sa mort qui mit fin à l’utopie effleurée par la guilde des Copistes Lumineux mais plutôt un manque d’innovations en profondeur. Il est vrai que parmi les dizaines de milliers de copistes que compta la confrérie au fil des ans, aucun ne prit la peine d’essayer d’améliorer la qualité et la quantité des copies à l'aide de nouvelles techniques. Malgré de si grands talents, personne n’eut la présence d’esprit de créer cette machine révolutionnaire alors qu'il est évident que dès le XIIIe siècle certains membres qui partaient dans des contrées éloignées au péril de leur vie ont dû prendre connaissance de l’existence de la xylographie asiatique.


auteurs : Desman, Fuligineuse


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Le Mythe de Dioclétranse, d’après l’œuvre de Pinclor

Dioclétranse, un des fils d’Atlas, était le roi d’une île de taille moyenne au-delà des colonnes d’Heraclès. Il voulut agrandir son royaume qui vivait en autarcie, et plutôt que de risquer de guerroyer contre des armées plus puissantes que la sienne, il préféra agrandir son île en imposant à son peuple d’aplanir les montagnes pour en jeter les débris sur le rivage. Alors qu’il dirigeait les travaux en personne, Dioclétranse envoya à Athènes le jeune Ptéroclès, qu’il ne voulait pas voir auprès de sa fille Diagamonne, pour y apprendre des techniques efficaces qui permettraient de gagner du temps et éviter l’agonie de son peuple.

Obéissant, Ptéroclès choisit les hommes les plus habiles sur mer et arriva sans entrave à Athènes. Il s’informa auprès des savants de l’époque. Ils étaient étonnés de son manque d’érudition compensé par une capacité d’analyse hors du commun. Le moindre plan, le moindre propos lui permettait d’échafauder en quelques minutes des procédés complexes. Épris de nouveauté et de philosophie, sa passion pour Diagamonne s’estompa. Il mit de côté aussi les raisons de sa venue et rien ne pouvait apaiser sa soif d’apprendre et le bon temps qu’il passait en la compagnie de ses nouveaux amis.

Une année passa lorsque arriva un messager de Dioclétranse qui retrouva facilement Ptéroclès. Ce jour-là le messager s’attendait à découvrir qu’il était mort ou gravement malade, au lieu de cela Ptéroclès dialoguait lors d’un banquet où la joie puait l’alcool. Ptéroclès reconnut le messager, il s'agissait d'Oname, le neveu de Dioclétranse. Alors qu’Oname lui tendait le message de son père, Ptéroclès lui proposa de se joindre à eux. Personne ne put retenir la vivacité d’Oname qui emmena de force Ptéroclès à bord de son navire. Il fut attaché et Oname prit la décision de quitter la ville dès que ses hommes seraient à nouveau en état de reprendre la mer.

Le voyage du retour subit de nombreuses avaries et le bateau coula. Tous les marins moururent sauf Oname qui fut sauvé par Atlas qui l’emmena sur une l’île déserte d’Édionasse. Ptéroclès se déchaîna de rage, remonta à la surface et se transforma en une raie volante au bec crochu et aux griffes acérées. Il fondit sur son île natale, tua les hommes de Dioclétranse et libéra le peuple qui se révolta contre le palais aux gardes morts. Dioclétranse prit sa fille en otage et menaça de lui crever les yeux si personne ne prévenait Ptéroclès de la situation. La foule craignit une vengeance de Ptéroclès et lorsqu’il apprit la nouvelle, il se mit à creuser un canal coupant l’île de part en part dans le but de faire comprendre à tous que le temps de l’unité sous la contrainte était fini. Alors Dioclétranse creva les yeux de sa fille et se trancha la gorge pendant que son peuple le lapidait.

Lorsque Ptéroclès fut guérit de sa rage il entendit les plaintes de Diagamonne et comprit tout ce qu’il avait perdu. Lorsqu’il voulu rejoindre sa belle, il fut lapidé à son tour par le peuple pour sa cruauté. Alors, des familles entières se séparèrent, les uns firent de Diagamonne leur reine, et les autres traversèrent le canal afin de former une nouvelle dynastie. Mais bientôt une vague immense balaya toute vie en ce lieu et plus jamais un humain n’y posa les pieds.


Auteur : Desman


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Première fractale

debout dans le prélude
- dont je ne veux démordre -
je commence à graver le chaos
je trace sur le cristal de fastueuses écorchures
la vision fragile se garnit d’encoches
des nuages affligés se traînent
et au milieu des épines froides
un épervier démesuré gravit
la gestation flottante qui tremble
pour démantibuler le simulacre
le corbeau délimite précisément
le coteau précaire qu’il va jouer
prostré dans le caniveau il échoue
tandis que
je secoue du haut du balcon
un baldaquin funèbre à entendre
une station balnéaire qui prétend
trier ses escaliers en spirale
d’une morne plaine éclaboussée de rires


Auteur : Fuligineuse


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dimanche 11 mars 2007

Le Mythe de Dérésine, d’après l’œuvre de Pinclor

Loin des dieux de l’Olympe, loin de la vie, une forme passait inaperçue, inerte comme une promesse trahie avant d’être énoncée, et absconse comme une définition de la beauté, jusqu’au jour où au sud de l’île d’Édionasse, Dérésine tomba de son cheval sur une pierre endormie. Le choc la tua et cette parfaite beauté féminine promise à tous fut pleurée par ses innombrables prétendants. Le cheval de Dérésine fut sacrifié lors de son enterrement et les autres chevaux furent abandonnés par les amoureux de la belle. Attirés par la procession interminable qui touchait à chaque passage la pierre meurtrière posée sur la magnifique stèle, quelques dieux y regardèrent de plus près. Mais trop occupés par leurs propres défis, ils avertirent les habitants déjà en peine que ce lieu serait oublié des dieux. En effet ils négligèrent cet endroit durant des siècles. Aucune prière ne sut les émouvoir. Beaucoup de jeunes hommes se tuèrent de chagrin, d’autres lors de combats pour l’honneur d’une parole trop leste à l’égard de Dérésine, d’autres par ennui, d’autres pour la rejoindre. Aucun ne sut entrer en son contact.

Les années passèrent, et à mesure que mouraient tous ceux qui l’avaient connue, la tombe de Dérésine devenait de plus en plus un lieu à éviter. Lorsque son dernier prétendant, plutôt que de mourir de vieillesse, préféra se fracasser le crâne sur la maudite pierre coupable de tant de malheurs, la population comprit enfin les dieux et se détourna elle aussi de cet endroit. Plus les années passaient, plus le cercle à éviter entourant la tombe de Dérésine grandissait. Puis l’île entière fut abandonnée. Puis ce fut aux îles aux alentours de subir le même sort. Seuls les animaux demeurèrent sur place et ils proliférèrent. Les hommes furent vite oubliés et les chevaux régnèrent en maîtres. Sur l’île d’Édionasse, les équidés se relayaient chaque jour autour de la tombe de Dérésine. Ils usaient la stèle en évitant soigneusement la pierre incriminée. Ensuite ils creusèrent avec leurs sabots jusqu’à atteindre le corps de Dérésine qui, nu, resplendissait de sa beauté intacte. Elle se releva et regarda les chevaux s’éloigner pendant que son ancienne monture, morte le même jour qu’elle, prenait forme et s’agenouillait afin qu’elle puisse s’asseoir sur son dos. Au galop, elle adorait sentir le vent s’essouffler dans sa chevelure et elle plongeait avec bonheur dans l’eau salée avant de se sécher allongée sur le sable fin.

Lorsqu’un bateau s’échouait sur les côtes d’Édionasse, Dérésine aidée par son cheval venait porter secours aux survivants. Malgré sa nudité, personne n’osait la convoiter, à cause du regard qu’elle pouvait lancer et surtout parce que son cheval la protégeait de tout inconvenant. Nul ne voulait plus quitter l’île mais au fil des ans, elle retrouva une population humaine importante. L’endroit devint trop petit et les premières embarcations depuis bien longtemps furent construites. Se sentant abandonnée, Dérésine, montée sur son fidèle cheval, longea longuement la côte puis elle descendit, l’embrassa et s’enfonça dans la mer. Alors que le cheval la rattrapait, les yeux dans les yeux ils se diluèrent dans l’eau à jamais, et la forme inerte et absconse retrouva son inexistence.


Auteur : Desman


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Pas l’ombre d’un glaçon

Dans ce désert, il n’y a pas l’ombre d’un glaçon que je suis un animal en voie d’instinction. Je retrouve les bases de mes sens et les développe par une concentration soutenue par l’enrichissement des plaisirs du monde. Il faut se athée pour ne pas rater l’heure de la prière d’insérer de la monnaie télescopique. Il faut claironner des notables en chaussons assis sur des partitions limitrophes saccadées, et au sac à dos épinglé de photos d’amas de galaxies soucieuses de jeter un sort au premier vœux nu tenu par la douce main de sa petite mère. Il faut tapisser le sol de vagues azurées, coller aux murs des planètes vermifugées, peindre au plafond des chansons subversives à grands coups de scalpel. Et puis il faut penser à brancher son ouvre-beauté et jaillir sur ces entrefêtes.

Pris de courts-circuits, lorsque je suis plusieurs, je me coiffe d’un geste à tifs en même temps que j’empile des lettres in, des pingouins climatisés, et des jeans biofluorés, et surtout je vais chez le voisin Eustache… qui est absent ! Je repasserai un de ces 4x4 à l’occasion. Puis je vais chez son voisin Eustache (corrigez-moi si je me trompe d’Eustache !). J’encre sans papier. Il regarde un document tueur animal lié : Pendant la tournée du torréfacteur, pendant là, tournée vers la douleur, les souris du laboratoire s’enfilent et crânent sur grand écran. Elles me donnent un petit avant-goût d’arrière-goût en file indigne. Celles sans rancune tenace s’arment d’impatience. Celles sans aucune Thrace sur leur blouse, préfèrent s’immiscer dans les salons de beaux thés nébreux cachés parmi les cantons de province. Ensuite c’est l’histoire d’une huître et d’une coquille Saint-Jacques pas palourdes pour deux perles. Aussi, parfois le dimanche, sans le crier sous les toits, lorsque j’oublie de rêver, j’ai une vie de grenier.

Il ne se passera pas un semblant de jour sans que ces maudits rets actionnaires ne m'attaquent. Je sais comment ils font, ils sont embusqués derrière les haies et ils sont prêts à se jeter sur le premier scripteur qui passe. Mais peu importe, je les rejette d'un revers d'épaule méprisant vers la néantosphère à laquelle ils appartiennent, et je passe mon chemin. Je le passe au tamis et je recueille ainsi les fragments d'un discours discordant que je tente d'aligner avec les sons mélodieux de la harpe des élémentaires élégiaques. Dans ce spectromètre ondulatoire, je vois soudain gésir les restes marmoréens de nos banquets disparus. Les poètes munis de nageoires mécaniques s'élancent pour les formater en direction de l'éclipse de lune, mais ils butent sur des résidus de maux mal orthographiés et s'étalent dans la boue sous les rires des courtilières.

Le navigateur fonctionne à échelle réduite et ses appels ont été déconnectés. Dans la cabane, au fin fond de la forêt, il se bagarre sauvagement avec ses câbles pour tenter de retrouver un fragment de moraine qui a dérivé le long des gencives du dieu tutélaire. Mais les signaux qu'il aimait restent sans réponse. Alors il distribue ses réserves de pain d'épice aux hérissons qui l'applaudissent avec gravité. A l'autre bout du câble, dans la ville embuée de larmes, les techniciens s'inquiètent de ce scie-l'anse. Faut-il donner l'alerte, envoyer une expédition à sa recherche ? Ils concluent momentanément qu'il est urgent d'attendre. Nous attendons donc.

Même immobile je ne suis pas toujours une flèche, et si je décoche il m’arrive d’accoster une branche entrouverte après minuit au beau milieu d’un des jeunets sur l’herbe. J’allume le répond d’œuf qui me répond d’heure plein de massages en heures creuses. Je me gargarise sous une pieuvre rayée comme un poulbot écaillé. Je ronfle la tête coincée entre deux cigarettes ignifugées. Pendant mon sommeil gonflé à l’hélium, l’extincteur d’espèces devient fébrile et je rêve d’une symphonie désarticulée par un musicien adepte du bandonéon au plafond, qui clignote et qui fait mal aux yeux sauf derrière des lunettes venimeuses. Aurais-je l’outrecuidance de m’accorder les lignes de la main puisque mon corps morcelé comme par un peintre impressionniste s’évapore dès qu’on me regarde de près. Et de loin il donne l’expression de soie artificielle à la recherche d’une file d’attente conventionnée par un aéroglisseur de mots doux.



Auteurs : Desman, Fuligineuse


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Dans le fossé

je suis tombé dans le fossé,
privé de l'esprit,
la multiplication a permuté avec le sang le plus pur,
ignorant la lutte en aquarelles,
du rouge de l'agressivité
à l’insertion d’un flexible interne,
un stockage complet de veines bleues
ouvre
un champ de bataille psychologique,
clame
une divergence d'opinions qui forme un angle pointu vers le haut,
avec ce que l’homme de main prescrit dans la permanence
comme lugubrement sérieuse
pour le lieu des cactus attachés,
affichant,
malgré le désavantage de méfiance,
l’insurmontable surcharge du compartiment tabou...


Auteur : Fuligineuse


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samedi 10 mars 2007

Histoire de Jilleil

Jilleil (Diarmid Jilleil Cennsalach, dit Jilleil), né en Irlande vers 1140, était originaire de Kildare. Ce moine formé au métier de copiste jeta son froc aux orties et décida de quitter son pays quand, après l'invasion de l'Irlande par les Normands en 1169, le roi d'Angleterre Henry II étendit son pouvoir à l'île. Jilleil passa dans des conditions inconnues d'Irlande en Angleterre et de là en France où il s'établit finalement à Laon. Il semble que son idée initiale aurait été d'aller jusqu'en Italie et on ne sait pas pourquoi il s'arrêta à Laon. (Certains ont avancé que le frais minois de la fille de l'aubergiste de Laon, Perrette Dubuisson, y était pour quelque chose.)

Très habile aux travaux de copie et d'enluminure, Jilleil devint vite une référence dans la région et avec quelques autres copistes, notamment Dolate, un autre moine défroqué, et Obbyz, un personnage étrange, mystérieux, qui venait du royaume de Bohême, il fonda la Guilde des Copistes Lumineux et en devint le premier Haut Maître, quoique ce nom ne fût pas encore usité. On ne dispose pas de portrait de Jilleil, mais on sait qu'il était grand et fort, évidemment roux et grand buveur de cervoise. Il vécut très âgé, sans cesser d'exercer son métier de copiste, et mourut vers 1240. Au moment de sa mort, les membres de la Guilde pensaient déjà à élaborer la Grande Connivence, charte qui leur donna tous les pouvoirs dans la ville de Lectoris. Cette charte devait être finalement mise en oeuvre par Jacques Galustre.


Auteur : Fuligineuse


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Ce qu'il reste de la vie

Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien alors que la vie continue sans nous soutenir
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien alors que la vie continue sans nous
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien alors que la vie continue sans
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien alors que la vie continue
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien alors que la vie
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien alors que la
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien alors que
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien alors
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à rien
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense à
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne pense
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on ne
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand on
Ce qu'il reste de la vie ordinaire quand
Ce qu'il reste de la vie ordinaire
Ce qu’il reste de la vie
Ce qu’il reste
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Auteurs :Desman, Fuligineuse


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